C.A.: Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?
E.D.: Ernest DÜKÜ artiste plasticien né à Bouaké en Côte d’Ivoire d’un père d’origine
Ghanéenne et d’une mère Ivoirienne. Je vis aujourd’hui entre Paris et Abidjan
C.A.: Vos toiles, plus que des tableaux, des expressions picturales, se présentent, chacune,
comme étant de véritables univers artistiques en elles-mêmes… Parlez-nous donc de l’essence
de votre inspiration, Ernest, et de cette symbolique Akan, africaine, que l’on retrouve au centre
de votre œuvre…
E.D.: Mon travail de plasticien est fondé sur l’idée de déconstruire l’univers de la représentation
du tableau. Il est aussi à la fois une manière d’emmener le spectateur à s’interroger sur ce qui
constitue l’essence d’une création ou d’une démarche artistique, ce que vous appelez à juste titre
« l’essence de mon inspiration ». L’essence de cette inspiration s’est construite au départ avec,
comme matrice, l’univers de l’art du monde AKAN, plus particulièrement de la symbolique issue
de la pratique de cet art ancien. Je cherche à puiser dans l’art ancien Akan, au delà de
l'expression de la forme et de l’esthétique, l’ensemble des éléments qui en constitue son
approche métaphysique, je me réfère à ce passé pour trouver des traces me permettant de
comprendre le présent comme une anticipation du futur. Il faut ajouter à cette démarche le
regard croisé et la réflexion qui m’ont amené à jeter un coup d’œil dans le jardin artistique des
autres, pour interroger d’autres formes d’approches et d’expressions artistiques de « l’Art
Africain » en général. C'est-à-dire celui qui prend sa source dans les arts rupestres, en particulier
dans l’art rupestre du tassili en passant par celui de l’Egypte ancienne et les expressions
artistiques des autres « ailleurs », autres ailleurs que je vois dans l’art de BRANCUSI, dans
l’exemple de Wifredo LAM ou même plus proche de nous avec Jean-Michel BASQUIAT pour les
essentiels VOODOO dans l’expression de leur art…. A travers mon travail plastique je tente de
comprendre ce qui constitue l’imaginaire du monde.
C.A.: Votre style, riche, vivant, très abstrait, apparaît comme étant teinté de mysticisme,
d'imaginaire… Le spectateur semble être invité à se poser des questions, comme pour revenir à
l’essentiel… Que tentez-vous donc d’exprimer à travers votre œuvre? Comment décririez-vous
votre démarche artistique?
E.D.: J’utilise une approche que je qualifie «d’abstraction - figurative» mélangeant peinture et
sculpture… J’use sur un plan purement esthétique de « la peinture sculptée ». C’est une façon
de me réapproprier une pratique ancienne, celle-ci faisant référence à l’art ancien Egyptien et
d’une manière générale à la pratique ancienne de l’art en Afrique où peinture et sculpture
cohabitaient souvent dans l’architecture. Pour créer cet imaginaire j’utilise des codes, des
symboles qui peuvent donner aux spectateurs l’impression d’être face à un univers « mystico-
religieux »…. Mon travail s’inscrit au delà de cette simple approche mystique pour ouvrir une
réflexion sur les rapports entre création esthétique et fondements culturels; en explorant les
liens entre l’art et le sacré, l’art et le spirituel, pour lever les tabous sur nos oublis. J’invite à une
lecture sur l’historicité d’un art, et j’invite par ailleurs le spectateur à se poser des questions sur
ce qu’il pourrait qualifier de « mysticisme » qui ne s’applique pas à ce qui est étrange,
inexplicable ou irréel, c’est plus simplement une recherche de la vérité et des valeurs éternelles,
un cheminement par lequel on acquiert une conscience et une compréhension intime des
relations entre les choses de la vie. Je veux, avant tout, raconter des histoires dans lesquelles le
regard des autres peut s’insérer, s’interroger… Une sorte de lieu d’affrontement à l’éternel
recommencement de la vie face à laquelle nous sommes. Vu sous cet angle je pourrais décrire
mon travail comme une interrogation de l’univers, une approche où le cosmos intervient pour
trouver un semblant de solution à la question que pose l’œuvre de GAUGUIN « qui sommes-
nous, d’où venons nous, où allons nous ».
C.A.: Reconnu dans les milieux artistiques, vous participez régulièrement aux évènements
culturels du monde noir. Quelles sont selon vous, les forces et défis à relever des Africains dans
le monde des arts sur le continent, et au niveau international ?
E.D.: Je veux seulement dire, « Soyons nous-mêmes » dans la construction de nos images, de
notre imaginaire . Sans doute des spécialistes (Critiques d’Art, historiens de l’Art « étrangers»)
sont libres de parler de la création artistique contemporaine dont les auteurs sont des africains
ou issus de la diaspora… Mais ne faudrait-il pas être prudent, vigilant et éviter de retomber dans
le schéma passé de ce regard qu’il y a eu sur l’art ancien Africain? Un art qui, dans ce regard
fluctuant, est passé de la dénomination d’Art nègre, à l’Art primitif pour être aujourd’hui qualifié
d’Art premier… Cela au gré des saisons. Essayons d’éviter qu’on ne nous serve pas ou qu’on ne
définisse pas la création plastique contemporaine de l’Afrique en terme de « World peinture »
ou de« world sculpture » etc., comme cela a été fait pour la musique.
L’un des défis à cet égard reste celui de mettre en place des biennales, des festivals, des
manifestations artistiques avec la publication d’ouvrages où le regard critique des Africains se
fera jour pour ainsi éviter d’être définis, construits, par des spécialistes étrangers, où par
l’imaginaire des autres.
Adopter cette attitude ne signifie pas pour autant de faire obstruction à l’international… Il y a
juste une nécessité de participer aux expositions internationales avec les images issues de nos
utopies, des images que nous aurons su inventer. Il faut pouvoir montrer dans ces évènements
les réponses que nous sommes en mesure d’apporter aux défis culturels post-coloniaux qui se
posent à nous.
C.A.: Enfin, parlons "Conscience Africaine"… Comment décririez-vous
la vôtre, Ernest, et comment celle-ci se traduit-elle dans votre expression artistique?
E.D.: Une conscience Africaine pourrait se faire par la décolonisation de nos esprits pour
consommer avec discernement les multiples apports étrangers, sans renier, ni oublier, nos
cultures, notre passé, notre histoire et pouvoir ainsi sortir de l’oubli, être dans l’expression de
nous même. Au demeurant l’art nous enseigne que nous sommes des êtres humains, où quelle
que soit notre religion, notre culture, nous sommes bâties pour éprouver les mêmes émotions
humaines face à la création.
Dans ma pratique artistique je veux m’inscrire dans l’idée qu’il n’y a plus réellement un centre
historique qui définit les codes de l’art avec des périphéries… Et intégrer dans ma réflexion
artistique le concept qui se dégage de l’expression du « tout monde » d’Edouard GLISSANT.
Propos recueillis par Anna Djigo.
Ernest DÜKÜ ~ Artiste Plasticien
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C.A.: Conscience Africaine
E.D.: Ernest DÜKÜ
5 Questions pour
Les Oeuvres
Photographies de l'exposition"Pintadattitude" à la galerie Princesse Yenega: Vue d'ensemble et trois vues de l'installation
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Copyright © 2007-2008 ConscienceAfricaine.com
La parole d'ombre 180 x 112 x 5 cm 2005 - Copyright Ernest Dükü
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Kurumaat- Bouabre ( Soleil ô soleil ) 92 x 46 x 5 cm 2004 - Copyright Ernest Dükü
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La Valise de SAMO 63 x 43 x 5 cm 2005 - Copyright Ernest Dükü
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YEHUDA Le codex FALASHA 43 x 34 x 4 cm 2006 - Copyright Ernest Dükü
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Le rêve Kongo inachevé 120 x 55 x 5 cm 2003 - Copyright Ernest Dükü
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Code O.A.O. La parole du ventre 150 x 90 x 5 cm 2002 - Copyright Ernest Dükü
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Oiseau CHAM ( Kreyol Attitude ) 94 x 54 x 5 cm 2003 - Copyright ernest Dükü
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Merci "Bagnon" BRULY BOUABRE 30 x 25 x 5 cm Collection privée 2003 - Copyright Ernest Dükü
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Ô my God @ inet Code A ( Atum ) 93 x 70 x 5 cm 2006 - Copyright Ernest Dükü
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Et Dieu créa la Pintade 165 x 98 x 5 cm 2003 - Copyrignt Ernest Dükü
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2006 - Copyright Laya Bales
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Conscience Africaine® présente
Âme Africaine de Côte d'Ivoire et du Ghana
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~Artiste, intellectuel, homme de son temps, fier, Africain... Ernest Dükü. A travers la création d'un univers artistique riche, auquel se mêlent symbolisme et spiritualité, Ernest Dükü nous invite à porter un nouveau regard sur les arts originaires d'Afrique, et du monde noir, en général... Au cours de l'entretien qui suit, cet artiste talentueux nous fait entrevoir le monde tel qu'il le voit, et tel qu'il le vit: un univers dont l'essence est la quête de l'universel... AD~
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Source Visuels: Ernest Dükü